Les peintures à l'huile d'andré hambourg
Les Nus
Voir d’abord, voir longtemps. Commencer par l’intelligence intime du sujet ; puis délimiter naturellement la ligne de ces masses colorées. Finir le détail, le sacrifier à l’ensemble, éviter les minuties, propres à séduire le profane. Laisser la sensibilité traduire presque inconsciemment l’émotion ressentie.
André Hambourg dans La quinzaine Oranaise 1937
Le modèle vivant, André Hambourg y a été initié dès ses débuts. Très jeune, il apprend de ses maîtres la discipline du dessin d’observation. Il appartient à une génération où la connaissance passe par le respect d’un enseignement sans lequel toute liberté est synonyme de sclérose.
A la Grande Chaumière où les Académies libres proposent des modèles, le nu est un exercice quotidien et un test par lequel se mesure toute rupture avec la vérité. La vérité en art est d’abord la vérité vers laquelle on tend. Pour les peintres revendiquant cette part de la tradition picturale qui depuis la Renaissance a placé l’idéal au cœur du métier, l’enjeu est sans cesse réactivé.
Au salon des Tuileries de 1929, André Hambourg expose un nu, aujourd’hui disparu, mais dont nous connaissons l’existence par un article paru dans Le Hibou Philosophe daté du mois de mars. Nous pouvons cependant l’imaginer en nous référant aux premières études connues du peintre. Ce sont des nus réalisés à la sanguine en 1926, peu après son retour de Mayence.
Dans l’atelier de Lucien Simon aux Beaux-Arts, dont la liberté permet à chacun de s’exprimer selon son tempérament, le novice recourt au modèle et apprend à transcrire la présence d’un corps. Il peint sombre en utilisant des couleurs pures.
Dépendant étroitement du modèle, le nu permet la variation dans la permanence. La pose détermine tout. André Hambourg observe son modèle et peint. Une suite de toiles, de petit et moyen format, ponctue la décennie qui suit.
On y lit le désir de cerner l’éternel de l’éphémère beauté. En regardant son modèle, il ne cherche pas tant la justesse anatomique que son propre émoi, qu’à retrouver sous son pinceau la beauté formelle, vivante, d’un épiderme dont il suggère la magie par la couleur travaillée dans la matière.
André Hambourg ne peint un nu que lorsqu’il trouvait un modèle qui suscite en lui le désir de peindre. Plus exactement, ce qui motive sa démarche de peindre, c’est la capture de la lumière sur une peau qui l’absorbe pour mieux la refléter. Ce qui explique la permanence de quelques modèles que l’on retrouvait sur plusieurs de ses peintures.
A la fin des années 60, lorsque les modèles vont se raréfier et cesseront de se présenter dans les ateliers, le nu disparaîtra totalement de sa thématique. Ses ultimes nus sont de 1966-1968, caressés d’une lumière qui distille des pastilles colorées sur des corps offerts à la caresse d’un pinceau dont la liberté a été conquise sur les chemins de la vie comme sur ceux de la peinture.